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Le Centre des arts actuels SKOL présente, du 9
janvier au 7 février 2009, Factory
cubique, de l’artiste montréalaise Dominique
Sirois. Le vernissage de l’exposition aura lieu le
vendredi 9 janvier, de 17h à 21h — alors que l’artiste
offrira à 19h une performance, avec la participation
d’Alain Lefebvre. Joignez-vous aussi à l’artiste le samedi 24
janvier à 15h, à Skol, pour une présentation de l’évolution de
Factory Cubique et des concepts qui la sous-tendent.
Avec Factory Cubique, Dominique
Sirois propose une installation qui explore les symptômes de la dépendance
et de l’intoxication tels que manifestés dans l’environnement du travail.
Sirois installera un laboratoire fantasmagorique pour la production de
cubes de sucre. Au moyen d’un éclairage au néon fabriqué sur mesure et
d’éléments sonores, Sirois joue avec les notions de sécurité, de
surveillance et d’évasion associées à la culture du travail. Cette
exposition est accompagnée d’un texte de François
Turcot.
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La fabrique du maçon par
François Turcot
L’atelier
renversé Si j’ai d’abord mis les pieds dans l’atelier de sucre
raffiné qui s’inventa au sixième étage du Fashion Plaza dans un
décor poudré, sériel et maçonnique, c’est parce que Dominique Sirois,
devenue tailleur de pierres blanches, y construisait une petite
usine angulaire aux formes pures. J’ai vu là une centaine de cubes
minutieusement disposées contre les murs, des cristaux scintillants, des
outils d’initiés et, bien sûr, une quantité démesurée de sucre transformé
et assemblé par les pouvoirs de la gélatine. L’artiste sculptait – ou
plutôt auscultait – la matière poudreuse d’un imaginaire lié à
l’expérience du travail machinal, toujours renouvelé par les mêmes gestes.
Chez Sirois, on entre dans le processus comme dans une poupée russe, une
mise en abyme. Tout semble ici autoréflexif. Dans quel atelier
sommes-nous, celui de l’artiste, celui d’une industrie reproduite à petite
échelle, dans l’œuvre à venir ou dans l’idée qui la précède : tout
recommence comme les faces répétées d’un cube Rubik.
Factory
cubique est en quelque sorte le troisième volet d’une série de quatre
projets, tous réfléchissant les liens entre l’art et le travail. Nous
sommes donc ici dans un espace qui se prolonge depuis les interventions
Salle de pause (présentées en 2006 dans le cadre du collectif
Au travail / At work), et Consommation (réalisées en
2007 en Allemagne et au Québec), qui se déploieront par ailleurs en 2009
dans Les travaux I et II à la galerie Clark et à Espace
virtuel.
Dans Factory cubique, l’artiste reproduit
mécaniquement des cubes de sucre dont la taille et le nombre
étonnent. Entre la sculpture et le travail de l’objet en série, entre
la pierre et le grain, entre l’unité et sa multiplication, Sirois récrée
toujours les mêmes formes, avec une volonté de répétition, de perfection
et d’exactitude. La fabrication des cubes, faisant immédiatement référence
à une maçonnerie fantasmée, à l’assemblage cohésif du mortier et des
pierres taillées, ouvre aussi un territoire de rêverie : c’est par le
sucre que s’élabore la construction de l’espace, la galerie devenant une
usine vacante de pierres cubiques… Où sont les prolétaires qui se
commettent à ce travail sériel? Que représente la matière exploitée? Qu’en
est-il de ces dizaines de crânes en sucre qui ponctuent l’installation? Et
surtout pourquoi ce dégât sirupeux qui se cristallise au sol me
suggère-t-il un danger au cœur de l’entrepôt? L’atelier renversé est
lui-même intoxiqué par une série de questions sans réponse, le
travail se suspend.
De la fabrique à la
loge Dès l’entrée, à la manière d’une enceinte commerciale,
des tubes phosphorescents représentent les mots night shift / dream
shift, signalent ou plutôt produisent l’irréalité de l’usine
hypnotique. Malgré l’angularité de l’architecture et de ce qui nous
entoure – des bacs de sucre, des instruments et tous ces cubes –, deux
socles indiquent un travail plus organique, plus minéral et sans conteste
plus muséal : des cristaux de sucre, telles des sculptures y sont
exposés. Entre le sériel traversé et le muséal
exposé, entre la reproduction et l’objet singulier, le spectateur
vacille. La première salle que Sirois donne à voir est donc contrastée, la
ligne rencontre la courbe, la forme l’informe, l’immobile le mouvement, le
brut le raffinement, le minéral l’industriel. En fait, rien n’est dit,
tout est abandonné dans la fabrique édulcorée, le spectateur aussi. Nous
ne sommes plus dans la géographie de l’atelier, nous nous déplaçons, nous
rapprochant de la loge bleue, d’un autre laboratoire fantasmagorique au
fond de la salle.
Je me revois encore sur des kilos granuleux de
sucre avec Dominique qui m’explique les dispositifs de sa future
performance. Munie d’un générateur de fréquences, de micros et
d’amplificateurs, l’artiste me prévenait : répétant les gestes du
travail, elle incarnerait l’employée de sa propre fabrique en
produisant des textures sonores. Elle brasserait le sucre, le charrierait,
le déverserait accidentellement. Elle serait la cause de la fumée et d’un
dégât liquide. Et puis, au fond de l’espace, il y aurait l’alarme qui
agresse le corps, se confondant à une musique fragmentée. La zone
franchie, une lumière bleutée, un stroboscope, un détecteur de mouvements
et une infime séquence répétitive du Run Run Run des Velvet
Underground. Nous serions télescopés dans une fabrique sonore. De
l’atelier renversé à une loge suggérant à la fois un espace de repos et
d’agression, du travail maçonnique aux symboles obscurs de son sucre,
Sirois me déjouait de nouveau. Elle était au travail – je dus donc quitter
l’atelier du Fashion Plaza, les mains dans la matière
blanche.
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Centre des arts actuels SKOL presents
Factory cubique, by Montreal artist
Dominique Sirois. Running from January 9th to
February 7th the exhibition’s vernissage will be held on
Friday January 9th from 5pm until 9pm and features
a performance by the artist and guest Alain Lefebvre
at 7pm. Join the artist on Saturday, January 24,
at 3 PM, at Skol for a presentation on development of and
concepts behind Factory cubique and her practice.
With Factory Cubique Dominique
Sirois proposes an installation investigating the symptoms of dependence
and intoxication as manifested within the workplace environment. Sirois
will manufacture sugar cubes in a phantasmagorical laboratory-like
environment. Using lighting and sound devices, Sirois plays with notions
of security, surveillance and escapism related to workaday cycles. This
exhibition is accompanied by a text by writer Francois
Turcot.
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The Mason’s Shop by
François Turcot
The Workshop
Inside-Out If I first set foot in the sugar-processing shop
that was being concocted in a powdery, serial, masonic environment on the
Fashion Plaza’s sixth floor, it’s because Dominique Sirois, now a
cutter of white stone, was building her own little, angular
factory out of pure form. There I saw about a hundred cubes meticulously
arranged against the walls, sparkling crystals, specialized tools, and of
course a huge quantity of sugar transformed and assembled by means of
gelatin. The artist was busy sculpting—or rather, sounding
out—the powdery substance of the imagination and experience of
repetitive and ever-renewed mechanical work. With Sirois, one enters the
process as one enters a Russian doll—a mise en abyme, where
everything seems self-reflexive. What workshop is this? That of the
artist? That of the industry, reproduced on smaller scale? Is it a work to
come, or the idea that precedes it? Everything starts over again, like the
faces of a Rubik’s cube.
In a sense, Factory Cubique is
the third instalment of a series of four projects, all of which reflect
connections between art and work. Here we are in a space that extends from
prior interventions: Salle de Pause, presented in 2006 as part of
the group project “Au travail / At Work”; and Consommation,
produced in 2007 in Germany and Quebec (to be actualized again, in 2009,
in “Les Travaux I et II,” at Clark gallery and Espace Virtuel).
In
Factory Cubique, the artist manufactures sugar cubes of
extraordinary number and size. Between sculpture and mass production,
between stone and granule, between unity and multiplicity, Sirois
ceaselessly recreates the same shapes with an unabated desire for
repetition, perfection, and exactness. The manufacture of the cubes,
immediately suggesting a Masonic fantasia, an ordered assemblage of mortar
and cut stone, also opens up a dream world: sugar is the conduit for the
construction of this space, as the gallery becomes a vacant factory of
cubic stones… Where are the workers to engage this serial production? What
does the raw material signify? What of the dozens of sugar skulls lining
the installation? And, especially, why does the syrupy mess crystallizing
on the floor suggest some danger lurking in the warehouse? The inverted
workshop is itself intoxicated by a series of unanswered questions; the
work’s on hold.
From Factory To Grand
Lodge Right at the entrance, as in a storefront, drawn in
neon, are the words night shift / dream shift, signalling or,
rather, producing the surreality of an hypnotic factory. Despite
the angularity of the architecture and of our surroundings—crates of
sugar, tools, and all those cubes—, two pedestals point to something more
organic, more mineral, and certainly more amenable to museum display:
exhibited here, like sculptures, are crystals of sugar. Between
serial traversal and museum exhibit, between
reproduction and the unique object, the spectator wavers. The exhibition
space Sirois offers us is replete with contrasts: line meets curve, shape
meets the shapeless, the static meets movement, the raw meets the refined,
and mineral meets industrial. Nothing is actually said,
everything—including the spectator—is left to its own devices in this
bowdlerized factory. We are no longer in the geographic terrain of the
workshop; we move along, approach the great lodge, another
phantasmagorical lab at the back of the hall.
I recall sitting on a
granular heap of sugar chatting with Dominique about the mechanism of her
forthcoming performance. Equipped with a frequency generator, microphones,
and amplifiers, Sirois warned me: going through the motions of
work, she would play the part of an employee of her own factory by
producing audio textures. She would stir the sugar, cart it around,
accidentally spill it. She would cause smoke and a liquid mess. And then,
from the back of the space, a physically jarring alarm would sound out,
blending with fragmented music. The area traversed, a bluish light, a
stroboscope, a motion detector, and a tiny repetitive clip from the Velvet
Underground’s Run Run Run. We would be funnelled into an
audio factory. From the inverted workshop to a hall suggesting a
space at once of rest and of aggression, from masonry to her obscure sugar
symbols, Sirois had given me the slip once again. She was at work; so I
left the Fashion Plaza workshop, my hands covered in white
stuff.
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